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L'église


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L’église:

L’architecture de cet édifice religieux est composite. Dans un premier temps, probablement au XIIème siècle, on substitue une église romane au prieuré. Il en reste (probablement) la petite fenêtre qui devait être vitrée, tout à fait au fond, sur le mur sud. Tout ce mur est vraisemblablement d’origine, retapé.

Avant les travaux du XIXème, il y avait certainement d’autres fenêtres analogues sur toute la façade sud, avec des vitraux. Le haut du portail est roman (archivolte boudiné). Le bas l’est pas ; il a été refait au cours du XIXème siècle. La porte d’entrée, elle, pourrait remonter au XVIème (elle comporte des plis de serviettes). Romane aussi, une porte sous la chaire que l’on ne voit que de l’extérieur. Elle devait permettre la communication avec le château. Deux piliers très massifs supportant les grandes arcades, sont peut-être romans. Ils ont un décor stylisé archaïsant, comme on en trouve au début du Roman. On peut même se demander s’il n’y a pas là remploi de matériaux antérieurs.

Le collatéral nord est nettement postérieur, peut-être contemporain des peintures murales. Après les troubles de la Guerre de Cent Ans, la population s’accroît ; il faut une église plus grande. On construit donc ce bas côté et sans doute refait-on, ou avait-t-on déjà refait à des périodes d’accalmie, tout ce qui a dû être endommagé au cours du terrible siècle (1350/1450 approximativement) qu’a connu notre région. L’arc de gloire, d’un parfait dessin gothique, remonte à ces époques.

Au XIXème (1860/1870), sous l’épiscopat de Dupanloup, on fait des travaux : tout le chœur et la Chapelle de la Vierge, sans doute refaits en imitation de ce qu’il y avait avant.

Quant à la voûte de la nef, elle est refaite à nouveau dans les années 1960.

Concernant le décor lié à l’architecture, dans la chapelle de la Vierge : quatre culots en bas des nervures qui descendent des ogives. On est dans la partie nord, donc Ancien Testament. On peut en identifier deux de façon certaine : David, le roi musicien ; Jean-Baptiste avec son agneau ; le troisième pourrait être Moïse ici exceptionnellement pas barbu mais apparemment cornu ; enfin, portant un phylactère, il s’agit probablement d’Isaïe, le quatrième des prophètes majeurs. Certain de ces culots sont-ils d’origine ? Ce n’est pas impossible. Les culots du chœur ont été refaits, probablement à l’imitation de ceux d’origine.

Les vitraux de 1891 ne sont pas extraordinaires sur le plan artistique, mais leur thématique est intéressante. Elle est dans la tradition régionale. Mais peut-être peut-on y voir une signification au regard des débats politico-religieux de l’époque.

- On reconnaît Clotilde, qui a convaincu Clovis de se convertir autour de l’an 500. Dans le fond, la bataille de Tolbiac. Thème local que l’on trouve à Châteaulandon, à Ferrières (Notre-Dame-de-Bethléem). Au-dessus, dans un médaillon, Saint-Louis, saint protecteur de la Monarchie française, sous son chêne, rend la justice. On aperçoit le donjon de Vincennes et la Sainte Chapelle …

- Autre vitrail à distinguer, celui consacré à Radegonde, patronne seconde de La Selle-sur-le-Bied (église de la Sainte Trinité) en train de dire « flûte » à son mari, le roi Clotaire Ier dont elle n’approuve pas la conduite, qui la somme de rentrer au Palais et lui tend la couronne. Elle a choisi la vie religieuse et se mettra sous la protection de Médard à Noyon. Ensuite, elle fondera, à Poitiers, le monastère Saint Croix grâce aux reliques envoyées par l’Empereur de Constantinople.

En regardant attentivement, on voit des svastikas. Rien à voir avec le nazisme : on est au XIXème siècle. Cet élément de décor est un symbole de l’éternel retour dans la tradition indo-européenne, déjà présent dans la Grèce antique et encore très fréquent dans l’Inde d’aujourd’hui. L’aryanisme du XIXème siècle, dont le svastika est un symbole, avait été mis à la mode par le Romantisme. Ici, il n’est peut-être qu’un élément de décor… Très rare, cependant, dans un édifice religieux.

Radegonde a été considérée longtemps comme la protectrice de la monarchie capétienne. Charles VII, qui voulait faire reconnaître sa légitimité, considérait que son royaume était placé sous la protection de la Sainte, belle-fille par alliance de Clovis (et Clotilde), à l’origine de la monarchie française. Les capétiens, dans leur ensemble, ont beaucoup vénéré Radegonde.
Or, à la fin du XIXème siècle, on débattait encore entre républicains et monarchistes, entre légitimistes et orléanistes. En choisissant Clotilde et Radegonde, en évoquant Saint Louis, n’a-t-on pas voulu mettre un peu de symbolisme politique ? C’est la veuve Martinet qui a payé les vitraux. Peut-être était-elle royaliste, et même légitimiste ?

- Sur les clés de voûte de la chapelle de la Vierge et du chœur, des blasons ont été représentés lors des restaurations du XIXème siècle.

Dans le chœur, on peut reconnaître les armes de la famille d’Aquin, bien que les lions rampants ne soient pas à leur place habituelle et aient la queue tirebouchonnée en sens contraire des armoiries. L’autre blason pourrait s’inspirer des armes de Monseigneur Dupanloup. En effet, ce prélat célèbre a occupé le siège épiscopal d’Orléans au milieu du XIXème siècle.

- L’un des blasons de la chapelle de la Vierge est sur le thème de l’alpha et de l’oméga (le Christ).

- L’autre évoque probablement les armoiries d’une famille ayant détenu le château.


Objets d’art :

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- Le Christ en croix. On considère qu’il est du XVème. Il est entouré par deux sculptures contemporaines : saint Jean de François Lemaire ; la Vierge d’Edgar Devaux.

- La Vierge à l’enfant à l’entrée. On l’a dite du XVIIème ; c’est peu probable car, à cette époque, on ne se permettait guère de libertés. Or, elle est sans coiffe, les cheveux tressés, ce qui est exceptionnel et ne se rencontre guère qu’au XVIème siècle ou encore au XVIIIème siècle. Œuvre d’un artiste local, pourrait-elle être imitée de certaines vierges à l’enfant, tête nue et aux longs cheveux, que l’on trouve dans des régions d’influence bourguignonne au début de la Renaissance ? 

- Un petit saint Antoine de Padoue de bois, d’apparence médiévale, présent dans l’église depuis les années soixante et d’origine inconnue.
- Les fonts baptismaux : La présence de godrons aide à dater : XVIème ou XVIIème.
- L’église conserve, enfin, quelques pierres tombales aux inscriptions indéchiffrables mais qui témoignent qu’elle fut, pendant des siècles, ainsi que son pourtour, un lieu d’inhumation.

Les peintures murales. Découvertes par Jean-Marie Buisson, elles ont été classées en 1960 monuments historiques. Elles datent de la fin du XVème, peut-être tout début du XVIème (1480/1510). Elles semblent de facture bourguignonne par l’ocre relativement prononcé et le choix des personnages, notamment Saint André et Saint Hubert.

Si l’on compare avec La Ferté Loupière (« Dit » des trois vifs et des trois morts surtout), il y a des points communs stylistiques. Or à La Ferté Loupière, on a dit que Guillaume de Troyes, peintre actif à Chablis, y avait travaillé. Pour La Selle, aucune preuve. En réalité, on ne connaît pas les auteurs. Peut-être y en a-t-il plusieurs, probablement bourguignons ou ayant travaillé en Bourgogne. Toutes les figures représentées ne sont d’ailleurs pas exactement dans le même style.

- Saint André est le saint patron des grands ducs de Bourgogne et de l’ordre de la Toison d’Or. A cette époque, grand débat entre la France de Charles VII et de Louis XI, et la Bourgogne qui prétend constituer un Etat. Charles le Téméraire vient tout juste de mourir.

- Saint Hubert est également un thème qu’on relève fréquemment dans l’est, notamment les Ardennes, région qui fait partie du Duché de Bourgogne. Ici, saint Hubert, qui se permet de chasser le Vendredi Saint, se trouve face à un cerf majestueux qui arrive avec le Christ entre ses bois ; il tombe à genoux et se repent. Après, il se comportera beaucoup mieux et sera évêque. En bas, un lévrier.

- Si l’on regarde très attentivement, on peut voir des petits personnages aux pieds de saint André, saint Pierre et saint Jean.

* N’est-ce pas Maximilia, femme du bourreau de Saint-André et convertie par ce dernier, qui est venue récupérer le Saint ?

* Pour saint Pierre, deux personnages en position d’orant, qu'il est difficile de discerner.

* En ce qui concerne saint Jean, pas de doute, les deux petits personnages en bas, à gauche, sont à coup sûr les donateurs qui ont financé l’œuvre. Le visage de la femme est particulièrement réussi.

- La représentation de saint Sébastien est remarquable. Des flèches arrivent des deux côtés, ce que la fenêtre percée au XIXème siècle masque pour partie. Au Moyen Age, saint Sébastien est censé protéger de la peste. La maladie est personnifiée par les flèches, lesquelles ne parviendront pas à le faire mourir (d’après la Légende Dorée). Il faudra que Dioclétien le fasse lapider et jeter dans les égouts …

- Parmi les scènes du mur sud, en bas, près de la chaire, une énigme : qui sont les deux personnages dont le buste est effacé et qui paraissent se partager un vêtement ? Il ne peut s’agir de saint Martin, qui serait à cheval, ni de saint François qui se dévêtit seul … peut-être les bourreaux du Christ se disputant ses vêtements ?

- Autre mystère : resterait-il des peintures encore dissimulées sous un revêtement ? C’est tout à fait possible, notamment à proximité de la grande arcade la plus proche de l’entrée.

Ces peintures murales ont été badigeonnées probablement au XVIIIème siècle, peut-être pour des raisons sanitaires (désinfection consécutive à une épidémie). A cette époque, on méprisait le Moyen Age. En 1750, on passait à la chaux le portail roman d’Autun … Le XIXème siècle, au contraire, redécouvre le Moyen Age. Il est difficile d’imaginer que l’on ait badigeonné les peintures murales à cette époque en pleine mode néo-gothique.

 

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